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Sur les traces du Dragon...
4 années autour du monde.
Début 2003, Lila et moi meme quittons Tahiti pour un tour du monde des arts martiaux et des médecines traditionnelles de 4 ans.
4 années sans « chez nous », à dormir par terre dans les dojos, dans des temples ou directement chez nos professeurs ; à s’entraîner partout dans le monde avec des Maîtres de différents arts martiaux, des moines, des guérisseurs.
Pendant ces 4 ans, nous visiterons et nous entraînerons en Chine, au Vietnam, en Thaïlande, au Japon, au Tibet, à Singapour, Indonésie, Malaisie, au Liban, à Tahiti, à Hawaï, en France, en Allemagne, en Suisse, aux USA, au Canada, en Norvège, etc.
Il serait difficile, et je pense inutile dans le cadre de cet article qui se veut simple, de relater chaque pays visité et tous les faits marquants de ces quatre années. Je vais plutôt essayer de survoler l’ensemble, et de ne m’attarder que sur les pays, les Maîtres et les anecdotes les plus frappants de notre périple :
Au départ de Tahiti, nous nous sommes envolés vers Hawaii, ou nous avons fait la connaissance de 2 personnages absolument extraordinaires :
- Bob Montgomery Sensei, 6ème Dan d'Iaijutsu de l’école Muso Jikiden Eishin (sabre japonais).
- Et Sifu Amon, un ermite au grand cœur qui vit sur la plage et pratique les styles de Kung Fu Hakka et bien d’autres choses, comme vous allez le voir.
Je commence par ce dernier : Sifu Amon est un homme d’un peu plus de 60 ans, d'un physique impressionnant, qui ne mange plus de nourriture solide depuis 1972 (une soupe de Quinoa, un peu de Spiruline et une cuillère de purée d’amande constitue son repas quotidien). Il a passé de nombreuses années en Asie ; Initié de plusieurs traditions ésotériques (Tao, Hindouisme, Kabbale, etc.), et pratiquant de plusieurs styles de boxe Hakka, tel que le Long Ying (boxe du dragon), le Nam Tong Long (boxe de la Mante Religieuse du sud), Wing Chun, etc., il a synthétisé ses connaissances et baptisé son école Phœnix Eye Fist (la boxe du phœnix, ou l'art du poing Phoenix) en référence à l’arme principale utilisée dans les arts Hakka, le Feng Yan Quan (le coup de poing en œil de phœnix).
Un jour, alors que Lila et moi-même nous entraînions au Kali sur la plage, il nous a abordé en disant que nous étions prêt à recevoir son enseignement… au début, vu son allure (vagabond à la longue barbe blanche et aux cheveux en bataille) et le niveau martial aux Etats-Unis en général (no comment…), je ne fais pas trop attention, essayant poliment de m’éloigner un peu. Il ne fallu qu’un court, très court échange technique pour nous convaincre que nous étions non seulement face à un Maître d’arts martiaux, mais aussi à un sage et initié de haut rang. Son « poing du phoenix » fait tout simplement claquer l’air... nous suivons son enseignement depuis.
Sifu Amon est vraiment quelqu’un d’extraordinaire. En Chine, on dit des hommes tels que lui qu’ils ont du Kung Fu (talent acquit par le travail, non-inné). Il porte la gentillesse, l’Amour et la compassion sur son visage. Il sourit tout le temps, je ne l’ai JAMAIS vu de mauvaise humeur ou énervé.
Une anecdote un peu marrante, c’est que je ne sais pas comment le trouver… Lorsque j’arrive sur l’île de Maui à Hawaii, je dois le « chercher »… il dit toujours que si je ne le trouve pas, je ne mérite pas de m’entraîner… l’île étant de la taille d’une ville comme Paris, ce n’est pas si évident… Des fois, nous sommes sur Maui depuis plus d’une semaine et notre entraînement en Feng Quan n’a toujours pas commencé…
L’entraînement consiste d’abord en une purification du corps et élimination des toxines (diététique, massages, Qi Gong, renforcement tendineux, et ouverture de la colonne vertébrale afin de faire circuler le Qi et monter la Kundalini) : Avant de commencer quelque exercice martial que ce soit, Sifu Amon masse l’élève pendant environ 30 minutes, et cela tous les jours pendant 1 semaine ; il le guide également vers une alimentation végétarienne à tendance alcaline. La pratique commence seulement après cette semaine de « mise en condition ». Viennent alors les exercices de mains collantes (Chi Sao), des exercices aquatiques pour développer la force de la frappe en « œil de phoenix » (Feng Yan Quan), et le combat libre. Pas de formes (Kata) dans son système.

Bob Sensei, Sifu Amon et l’auteur
- Quand à notre rencontre avec Bob Sensei, mon Katana commençait a bouder le climat humide des îles tropicales, et je cherchait quelqu'un de compétant pour un polissage de ma lame qui ne me coûterait pas 50 euros les 3 cm comme au Japon... de fil en aiguille, on me présente à ce professeur d'escrime japonaise (Iaijutsu) ; nous sommes tombé amoureux de lui au premier regard. Doux, compatissant, gentil, sage, passionné, ce collectionneur de katana antiques ayant vécu 10 ans au japon est un excellent sabreur et un formidable enseignant. Après plusieurs séjours à ses cotés, dont un de 3 mois comme Uchi Deshi (disciples vivant chez le Maître), il nous envoie chez son Maître à Tokyo, Sekiguchi Komei Sensei, 21ème soke du Muso Jikiden Eishin Ryu Iaijutsu...
Voila comment, contre toute attente, nous sommes partis pour le Japon…
A Tokyo, nous avons immédiatement été adopté par Sekiguchi Sensei, reçus comme des membres de sa famille… durement pendant les entraînements, et avec affection le reste du temps. Keiko (l’entraînement) commençait a 9h00 le matin (nous avions déjà 1h00 de métro pour nous y rendre), et finissait vers 11h00 le soir… 30 minutes pour manger le midi (des nouilles froides). Le soir, Sensei et ses élèves nous invitaient à manger dehors, et nous rentrions nous coucher vers 1h00 du matin. Du mardi au samedi, Iaijutsu, le dimanche repos, et le lundi, Kendo…

Aux cotés de Sekiguchi Komei, 21ème Soke de l’école
La spécificité du Muso Jikiden, hormis d’être l’une des plus anciennes écoles d’Iai du Japon après le Katori, est d’utiliser des sabres plus grands que la moyenne. 2,8 shaku (85 cm) de lame est une taille courante pour un homme de taille moyenne (la plupart des écoles utilisent un sabre de 2,4 shaku) ; l’entraînement est basé sur les katas d’Iai, le Ken jutsu, la pratique du combat avec des sabres de bambous (Shinai), et le Tamashigiri (la coupe), que nous pratiquons assez régulièrement.
Apres le Japon, nous décollions pour Hong-Kong, puis la Chine.
Premier passage en Chine, pas très fructueux sur le plan martial, mais très riche en ce qui concerne la Médecine Traditionnelle Chinoise, et la culture Hakka.
Dans la province du Yunnan, nous rencontrons le docteur He Shixiu, éminent spécialiste d’herboristerie chinoise. Nous avons suivi avec attention ses précieuses leçons, puis sommes retournés le voir l’année suivante…
Hormis notre propre entraînement de Kali et de Tai Chi dans de magnifiques décors, rien d’intéressant au niveau des arts martiaux, le phénomène « arts martiaux sportifs de compétition » semblait s’être étendu à toute la Chine.
Heureusement, nos voyages suivants dans l’Empire du milieu nous apprendrons que non ! La communauté Hakka entre autre, détentrice de bien des arts de combat du sud de la Chine veille discrètement mais sûrement à la préservation de ses arts ancestraux.

Entraînement sur la grande muraille de Chine
Grâce à Stéphane, un ami cher et mon « grand frère de Kung Fu », surnommé par nous « l’ADSL des arts martiaux » (pour ses connexions illimitées), nous allions rencontrer quelques géants des arts martiaux chinois comme Kenneth Chung du Wing Chun, à Hong Kong, et Feng Zhijiang du Tai Chi, à Pékin. Quelle extraordinaire rencontre que celle d’avec le Grand Maître Feng Zhijian, chef de l’école Chen Shi Xinyi Hunyuan de Tai Chi à Pékin. Ce gentleman de 80 ans est toujours d’une vivacité, d’une force tranquille, et d’une efficacité absolument surprenante. Son niveau de compréhension spirituelle ne fait aucun doute non plus.

Maître Feng Zhijiang, Karla, Stéphane et l’auteur
Ce maître adorable et exceptionnel en tout point nous a fait l’honneur de nous entraîner en personne, entre deux sessions avec ses filles et autres disciples. Une bien belle famille martiale, un style complet et évolutif… Expérience à revivre !
De la province du Sichuan, en passant par la vallée de Jiu Zhaigou, nous nous sommes rendus sur les bas plateaux du Tibet (pas possible d’aller plus haut faute de visa). Pas de rencontre martiale particulière, pas de maître du Sengeï Ngaro caché, mais une spiritualité si forte et une nature si présente que nos entraînements là haut furent tout simplement magiques. Des décors majestueux, des lacs cristallins, des vallées magnifiques…

Au Vietnam, à Hue, nous trouvâmes un bon groupe de Tai Chi style Yang, spécialisé dans les techniques de paume de fer, avec qui nous avons échangé pendant une semaine. Bonne expérience, surtout une fois passé les tests confucianistes d’usages (politesse, thé, etc…) ; ils nous ont ouvert leur porte, leur cœur et leur boite de nuit… (Le Maître et son fils tiennent LA boite de nuit en vogue de la ville).
Nous avons enchaîné sur la Thaïlande et Chiang Mai, au Lanna Muay Thai Camp… plusieurs mois intensifs de boxe Thai : Levé à 7h00 le matin, une heure de jogging a jeun dans la montagne, puis boxe jusqu'à 11h00 ; là, premier repas de la journée, puis repos jusqu’à 15h00 ; re-boxe jusqu’à 18h30 ; 5 jours sur 7.

Lila au Lanna Muay Thai en Thaïlande
Nous avons également pris des cours dans une école de massage médicale thaïlandais, le Loi Krok, où tous les week-ends pendant une dizaine d’heures, nous étions initiés aux subtilités du massage thaï, de la réflexologie et de l’herboristerie traditionnelle.
Généralement, après plusieurs mois passés en Asie, nous partons donner des séminaires « arts martiaux et santé » à Hawaii, aux USA, en Polynésie, au Liban, en Europe, afin de refaire nos finances, et par là même en profiter pour aller voir nos Maîtres dans ces parties du globe, créant ainsi des opportunités afin d’en rencontrer de nouveaux…
Ce fut le cas lors d’un de nos passages en Europe où je rencontrais un Maître de Kung Fu qui allait vraiment m’impressionner.
Il y a des gens qui ont un Karma si clair, une mission si évidente, qu’ils n’ont même pas à chercher leur chemin ; c’est le chemin qui les cherche, les trouve, et les transporte. « Il » (le Maître dont je parle préfère rester anonyme), fait partit de ces gens. Il a croisé le chemin des plus grands Maîtres dans son art ; il a été témoin des scènes les plus hallucinantes, a pratiqué avec les derniers géants, des chefs de lignées dont les écoles ne sont pas dans le bottin téléphonique, et dont il a reçu les enseignements familiaux… Quelle opportunité d’avoir rencontré cet homme ; d’avoir eu la chance de suivre son enseignement, ses recevoir conseils, et de partager quelques moment intimes un restaurant chinois, où il dévoile un peu de lui-même et un peu de son art. Ses précieux moments, les pratiquants me comprendront, valent tous les entraînements du monde.
C’est à Paris cette fois que nous avons eu l’opportunité de rencontrer un éminent Budoka et écrivain dont j’admire le travail depuis des années : Michel Coquet. J’étais alors en pleine étude de son dernier ouvrage « La vie de Jésus démystifiée ». De plus en plus attiré par la pensée et le savoir de cet homme, il me paraissait important d’essayer de le rencontrer. Il n’en fallut pas plus pour que le destin s’en mêle… Un cours de Ninjutsu menant à un cours d’Ashtanga Yoga, menant à… Monsieur Coquet. Instructive rencontre où nous avons pu nous essayer à l’école de sabre japonais qu’enseigne Michel : la Tenshin Shoden Katori Shinto Ryu.
Nos passages en Europe nous amènent inexorablement en Allemagne, où réside Jeff Espinous, mon Maître de Kali dont j’ai déjà parlé plus haut.

Punong Guro Jeff Espinous
Après l’Allemagne, direction le Liban, afin de donner différents séminaires sur le Kali, l’Energie interne, la médecine traditionnelle chinoise, et surtout de retrouver Joe, un ami très cher et la formidable famille martiale qu’il a réuni dans ses cours de Kali Sikaran.
En 2005, passage un peu spécial à Beyrouth : Lila, Joe et moi ne serons pas seuls à donner des cours. Nous débarquons avec notre ami et guide dont j’ai déjà parlé, Docteur Charlot (l’acupuncteur de Tahiti). Premier séminaire « Energie et santé » en duo pour Charles et moi-même, qui fut une formidable expérience. Des entraînements riches et variés ; Lila passant le grade de première Dan de Kali (Kadua Guro) sous l’œil attentif de son examinateur, Joe le bien nommé ; du parapente ; de l’équitation ; et de magnifiques balades au pays des cèdres… Voila qui résume bien chacun de nos passages chez ces gens formidables.

Joe dans la paix d’une forêt des cèdres, au Liban
Lors de ce séminaire en duo, nous avons eu l’immense surprise et l’honneur d’accueillir parmi les participants, un membre et initié de la communauté des Druzes du Liban. Comment le Sher avait-il eu vent, perché sur sa montagne, de notre passage à Beyrouth ? Je n’en sais toujours rien, mais il a bel et bien fait tout ce chemin pour venir nous rencontrer. Les cours lui furent traduits en Arabe par plusieurs bénévoles du groupe, et nous eûmes la joie, en fin de journée, de le voir se lever pour dire quelques mots sur les similitudes de nos points de vue et le bonheur qu’il avait eu à partager ces moments avec nous. Nous avons également eu l’occasion de passer un petit moment juste avec lui où, entre deux discussions sur le Bouddhisme et la philosophie des Druzes, nous avons pris un cours sur les bienfaits miraculeux de la figue (le fruit)… Une merveilleuse rencontre.
[A l’heure où j’écris ces lignes, le Liban et ses habitants subissent les attaques injustifiées d’Israël et de ses forces armées. Des pertes civiles, matérielles, culturelles… tout ça pour quoi ? La peur… le contrôle… l’Ego démesuré de quelques grandes puissances qui veulent se partager le monde… Le malsain besoin d’un peuple d’exorciser ses souffrances passées en asservissant à son tour…]
Puis, Hawaii de nouveau.
Un petit plus lors de notre dernier voyage a Maui, avec toujours au programme Feng Quan et Iaijutsu, mais cette fois ci, un mariage… le notre qui plus est ! La particularité de ce mariage, est qu’il fut non sans quelques difficultés, transformé en séminaire international d’arts martiaux, Chi Gong, et médecine chinoise.

Rencontre entre Docteur Charlot et Sifu Amon
Il était évidant qu’au moins la moitié de nos invités seraient des pratiquants d’arts martiaux de haut niveau, ou spécialistes de quelque chose… donc, nous avons fait venir sur Maui parents, amis et maîtres, et chaque jour, un invité enseigna son art aux membres du groupe « Fred and Lila’s wedding ».
Kali, Tai Chi, Chi Gong, Kung Fu, méditation, Médecine chinoise, Iaijutsu, enseignés par des professeurs d’horizons, de langues et de cultures différentes à des gens d’horizons, de langues et de cultures différentes (certains n’avaient jamais pratiqué), pendant toute la semaine qui précéda notre mariage. A mon humble avis… un très grand moment.
Fiu des pays chauds et des tropiques, direction le grand nord, où nous avons goûté aux plaisirs de la pratique martiale en pleine nature avec, au thermomètre officiel de la cuisine du chalet : - 40° Celsius, merci le Canada !

Pratique matinale sous les premières neiges
Deux bonnes adresses encore, la Northern Karate School de Hanshi Cezar Borkowski à Toronto, et la Shaolin White Crane Academy à Montréal ; cette dernière pratique le Fei He Quan, un style assez rare de grue Hakka du Fujian. Le prof est très sympa, bon pratiquant et bon enseignant, il a écrit un bouquin très intéressant sur son école et ses Maîtres Hakka en Malaisie.
Voila ! Un petit résumé de ce tour du monde qui s’est terminé en août 2006 à Singapour (notre nouveau « chez nous »), et aura duré 4 ans.
Je souhaite à tous ceux qui rêvent de « tour-du-monder », de se jeter à l’eau, car le plus dur comme je l’ai déjà dit, ce n’est pas de partir, ce n’est pas l’argent… c’est de sauter.
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